Le ridicule ne tue pas les politiciens congolais : Bahati Lukwebo demande pardon

Le ridicule ne tue pas les politiciens congolais : Bahati Lukwebo demande pardon

Comment croire aux politiciens congolais qui vendent leur honneur d'homme, leur liberté et même leur intelligence, et n'ont aucun idéal ?

Le cas du professeur Modeste Bahati Lukwebo est une illustration éloquente de cette classe politique de pacotille qui dit une chose le matin et la nie le soir. En effet, l'autorité morale de l'AFDC-A, le sénateur Bahati Lukwebo, vient de se dédire et a demandé pardon au Chef de l'État, Félix Tshisekedi.

Ce revirement concerne sa position contre la révision constitutionnelle, soutenue par certains ténors de la Majorité présidentielle. Lors de sa sortie médiatique du 4 mars dernier, il avait pourtant affirmé que la RDC n'a pas un problème de textes, mais plutôt d'hommes. Plusieurs observateurs avaient alors salué ce courage politique et cette liberté d'esprit de dire la vérité au Chef de l'État face à une option jugée dangereuse et susceptible de diviser davantage les Congolais.

Bahati Lukwebo fait machine arrière

Face au tollé et devant le rouleau compresseur de l'Union Sacrée, où il se retrouve acculé et menacé jusque dans son propre regroupement politique, l'élu de Kabare — qui qualifiait récemment certains de ses compères de "flatteurs" — se discrédite aujourd'hui aux yeux de l'opinion publique.

En demandant pardon, il déclare : « Je présente mes excuses et réaffirme ma loyauté à Félix Tshisekedi ainsi que mon engagement au sein de l’Union Sacrée de la Nation... nulle part il n’est sorti de ma bouche que je m’opposais à la modification de la Constitution. » Selon lui, ses propos auraient été sortis de leur contexte : « Je répondais à une question hors sujet posée par un journaliste... Je disais qu’il faut d’abord changer les mentalités avant de changer la Constitution. »

Enfant prodigue ou traître ?

Pour les observateurs rodés, Bahati Lukwebo n'est pas un enfant prodigue. C'est un homme qui peaufine des coups politiques contre son propre camp, mais qui n'arrive pas à assumer lorsque les représailles arrivent.

On se souviendra qu'en 2014, alors que les élections pointaient à l'horizon et qu'un débat sur une éventuelle révision constitutionnelle faisait rage, il avait créé une fronde au sein de la Majorité avec Olivier Kamitatu, Antipas Mbusa Nyamwisi et Pierre Lumbi contre l'Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP). Face à la réaction de Joseph Kabila, il avait demandé pardon et réintégré la famille, tandis que les autres frondeurs prenaient leurs distances.

Il est demeuré dans le FCC de Joseph Kabila jusqu'au démantèlement de l'alliance FCC-CACH, sautant sur la première occasion pour rejoindre Félix Tshisekedi. S'agit-il d'un vrai pardon ? Pour les analystes, Bahati Lukwebo est un traître qui n'assume pas. Un professeur de son état qui trahit souvent sa conscience, ses membres et tous ceux qui croient en lui. C'est un "opposant de l'intérieur" qui ne sait pas quitter le bateau pour protéger ses intérêts personnels.

Le rouleau compresseur en marche malgré le pardon

Pour les caciques de l'Union Sacrée, le vin est tiré. Bahati Lukwebo a craché son venin contre le Chef de l'État et a discrédité l'Union Sacrée devant l'opinion nationale et internationale.

Alors que le sénateur est déjà fragilisé par son regroupement politique qui s'est désolidarisé de lui, les cadres de la majorité veulent aller plus loin. Pour eux, cet acte ne doit pas rester sans conséquence.

CKM

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Le journal "L'Intelligent" est un quotidien d'information général publié en République Démocratique du Congo (RDC). Ce journal couvre un large éventail de sujets d'actualité, politique, économique, sociétal, culturel et les affaires internationales. Il contribue à l'information du public et fait partie du paysage médiatique de la RDC.

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