Dialogue national et inclusif : la paix est-elle encore loin ?

Dialogue national et inclusif : la paix est-elle encore loin ?

Félix Tshisekedi cherche-t-il à contourner les attentes de la classe politique ?

L’actualité politique en République Démocratique du Congo évolue avec un dynamisme qui laisse parfois transparaître une certaine confusion. Après s'être initialement opposé à toute idée de dialogue avec une opposition qu'il qualifiait de « marionnettes » au service du Rwanda, le Président Félix Tshisekedi semble avoir mis de l'eau dans son vin.

Sous la pression de la communauté internationale et face à l'impasse militaire pour restaurer la paix, le Chef de l’État s'est récemment montré favorable à un dialogue national et inclusif. Cette ouverture a été précédée d'une intense activité diplomatique en décembre 2025 et janvier 2026 auprès de ses homologues africains et occidentaux. Cependant, cette initiative, bien que saluée par certains observateurs, laisse l'opposition politique et armée sceptique.

Le discours du 31 janvier 2026 : un tournant qui sème le doute

C’est lors de la traditionnelle cérémonie d’échange de vœux avec le corps diplomatique, ce samedi 31 janvier 2026, que la confusion s'est installée. Contre toute attente, le Chef de l'État a posé des conditions strictes qui semblent fermer la porte à une grande partie de l'opposition, celle-là même qui est au cœur de la crise actuelle.

Alors que le Président angolais João Lourenço poursuit ses consultations et que les discussions de Doha (sous l'égide des États-Unis avec huit protocoles en attente) cherchent une issue à la crise sécuritaire, Félix Tshisekedi verrouille les contours du dialogue national tant attendu par la société civile et les confessions religieuses.

Un dialogue "sous condition" et "sur mesure"

Devant les ambassadeurs accrédités à Kinshasa, le Président a reconnu l'importance du dialogue pour la cohésion nationale, tout en fixant des lignes rouges infranchissables :

  • Lieu et Financement : Le dialogue doit se tenir à Kinshasa et être financé par le gouvernement congolais.
  • Critères de participation : Exclusion de tous ceux qui sont responsables de crimes contre les populations ou poursuivis par la justice.
  • Respect des institutions : Le dialogue ne peut se substituer aux institutions issues du suffrage universel ni les remettre en cause.

« Ce dialogue est possible, mais il ne peut se faire avec ceux qui sont responsables des crimes commis contre nos populations ou ceux qui sont poursuivis par la justice », a déclaré le Chef de l'État.

Vers un cercle vicieux ?

Pour de nombreux observateurs, cette stratégie soulève des questions de fond :

  1. Crise de confiance : Comment organiser un dialogue crédible si le lieu, le médiateur et les participants sont imposés par une seule partie ?
  2. Inclusivité réelle : Qui participera à ce dialogue alors que plusieurs figures de l'opposition sont en exil, en prison ou condamnées par contumace ?
  3. Diplomatie court-circuitée : Pourquoi confier une mission de consultation à ses pairs africains pour ensuite verrouiller le processus avant même la fin des discussions ?

Pour les analystes avertis, Félix Tshisekedi semble vouloir satisfaire la pression internationale par un "simulacre" de dialogue taillé sur mesure. Si cette tendance se confirme, la cohésion nationale et la paix durable resteront des horizons lointains, enfermant la RDC dans un éternel cercle vicieux.

Par CKM

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Le journal "L'Intelligent" est un quotidien d'information général publié en République Démocratique du Congo (RDC). Ce journal couvre un large éventail de sujets d'actualité, politique, économique, sociétal, culturel et les affaires internationales. Il contribue à l'information du public et fait partie du paysage médiatique de la RDC.

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